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Elle aurait pu s'appeler...Alpine...

 

Aprés avoir brillamment utilisé en course la première "Michelotti", vendu peut-être un peu précipitamment la seconde à un "coquin" américain, on aurait pu penser que Jean Rédélé allait baisser les bras. Opiniâtre et sûr d'être sur le bon chemin, il persévère et commande une troisième voiture à Michelotti. Bien plus tard, la trouvant trop haute de ceinture il va sans cesse décrier ses proportions. Sans doute l'avait-t-il rêvée plus lumineuse dans sa partie vitrée, mais aussi souhaitée la plus proche possible de la version 2 (soucis d'économie?), le tout pour une livraison dans les plus brefs délais...il faudra attendre la "4ème Michelotti" pour voir notre futur constructeur totalement satisfait...


Passons à présent à l'étude de la troisième voiture, elle aussi réalisée par Allemano pour le compte de Jean Rédélé. Aprés avoir constaté le démontage partiel de The Marquis et officialisé la rupture de contrat avec Plasticar il commande au début du second trimestre 1954, sans doute dès son retour des Etats Unis cette troisième mouture. Fin 1954, début 1955, la voiture lui est livrée.

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De prime abord, elle ne se différencie de la seconde, au grand désespoir de son commanditaire, que par la position des longues portées et des klaxons ainsi que par son pare-chocs avant. C'est notamment sa ligne de caisse trop haute qui pose un problème d'esthétique d'autant plus visible que la hauteur des vitres latérales est trés réduite. Jean Rédélé avait remarqué cette anomalie sur la seconde voiture (The Marquis) et demandé sa rectification( et pourtant, souvenez vous qu'il avait envisagé, mieux espéré une mise en production telle quelle de The Marquis). Malheureusement cette demande entrainant sans doute une modification trop profonde et couteuse du "master" de fabrication, n'a pas été suivie d'effet, sans que l'on puisse objectivement au vu de nos connaissances actuelles en déterminer à qui en incombe la responsabilité.

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The Marquis au salon de New York(janvier 54)

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La Rédélé Spéciale devant les ets Galtier(fevrier55)

Si par la suite Jean Rédélé a toujours affirmé que ce rapport:hauteur de caisse,hauteur de vitres était mauvais, il s'est bien gardé de trop accabler le carrossier. Lorsque l'on connaît l'importance des silences et des non dits, chez cet homme, on comprend mieux notre prudence devant certaines affirmations maintes fois reprises dans les ouvrages spécialisés sur la marque Alpine. Car comment et surtout pourquoi critiquer l'esthétisme d'une voiture, dont on a par ailleurs souhaité sa commercialisation...Si ce n'est peut être par un changement de stratégie dû à une situation nouvelle!

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Jean-Claude Galtier semble heureux de sa nouvelle acquisition

Début février 1955 cette voiture apparaît pour la première fois en course, non pas aux mains de Jean Rédélé, mais de celles de Jean-claude Galtier. Pour citer les propos de François Rivage dans la Saga Sportive de la Renault 4CV"...en effet, Jean-claude Galtier vient de racheter à Jean Rédélé, en janvier, un des trois exemplaires de son prototype de seconde génération. Trés proche du modèle "The Marquis" présenté au salon de New York 54, cette voiture diffère principalement par un pavillon légèrement plus bas, par la forme de son pare-brise fermant davantage sur les côtés et par une face avant à la décoration plus sobre...". Lorsque l'on connaît le sérieux des investigations de François Rivage, ses propos méritent que l'on s'y attarde.

Seule l'affirmation d'un pavillon légèrement plus bas n'est  pas perceptible sur les documents en notre possession, mais faisons confiance à François Rivage, qui pour le reste a bien décrit ce deuxième prototype de seconde génération. En revanche, cette anodine précision: un des trois exemplaires de son prototype de seconde génération aurait mérité plus de précision de sa par...

5 et 6 février 1955 :


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L'équipage Galtier/Parizot au critérium "neige et glace"


Toujours est-il qu'à cette date la voiture va terminer à la 2ème place du "critérium Neige et Glace" au main de Jean-claude Galtier assisté de Jacques Parizot. Croyant bien faire, Galtier offre cette belle performance à François Landon, afin d'associer Renault à son succés . Malheureusement la presse va souligner que cette auto, certes construite sur la base d'une 4CV, n'a plus rien à voir avec son modèle de base et sourtout mettre en avant le fait qu'elle est équipée d'un "moteur de 5CV". Lorsqu'on sait que le "projet 109"  prévoit le remplacement de la 4CV par une 5CV( la future Dauphine)...on imagine la réaction ulcérée d'une direction de Renault de plus décapitée

11 février:


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La Frégate accidentée de Mr Lefaucheux

Cinq jour aprés cette victoire Mr Lefaucheux président de Renault, victime à bord de sa Frégate d'une plaque de verglas, se tue sur la route en direction de Strasbourg où il devait donner une conférence, plongeant toute l'entreprise dans le désarrois.

16 février:



A la première réunion du comité directeur de Renault suivant ce tragique accident, on évoque au milieu des décisions stratégiques concernant le programme sportif de la marque, "l'affaire Galtier et sa 5cv" en insistant sur l'image négative qu'elle apporte à Renault.

Dans de telle condition, Jean Rédélé doit se réjouir d'avoir céder, contraint et forcé, cette voiture sans jamais l'avoir utilisée. Mais pourquoi donc revendre si rapidement une voiture tant attendue? En fait son beau père, Charles Escoffier ,vient de commander 25 voitures en "plastiques" à Chappe et Gessalin et donner mission à son gendre de les commercialiser. L'arrivée de cette italienne et son utilisation en course par son gendre risquant de nuire à cette commercialisation, ce dernier n'a d'autre choix que de s'en séparer...d'autant plus que la machine est lancée...

22 février:


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La première "4CV Alpine"

Six jours plus tard, le Comité de Direction de Renault doit aborder la question du futur Coach. Charles Escoffier présente à l'homologation au bureau d'étude sa voiture en plastique, que Mr Picard a essayée. Son commentaire est des plus élogieux:" c'est la meilleure de toutes celles qui ont été présentées" et de poursuivre" Elle pèse 500kgs. Mr Escoffier en fait 25 qu'il voudrait vendre 750 000frs, il finance l'affaire et prendra en valeur absolue la même commission que sur la 4CV".

La première Alpine est née! Elle vient de faire l'objet d'un essai par Mr Picard, d'une présentation au comité directeur de Renault et d'une homologation. La production peut commencer, l'histoire est lancée et Jean Rédélé en est un acteur, un peu malgré lui...

Tout c'est joué au courrant du dernier semestre 1954. Alerté par Gérard, Charles Escoffier son père découvre au fond des ateliers de Chappe et gessalin un petit Coach en tole. Il est l'oeuvre de fin de compagnonage de Jean Gessalin. Mais ceci est une autre histoire que nous ne manquerons pas d'aborder...

13 mars


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ici l'équipe au complet devant son stand: copyrith F.Rivage

Pour la cinquième édition des 12h de Sebring Renault engage deux 4CV 1063 d'usine, pilotées en course respectivement par Rédélé et Pons. De son côté, le concessionnaire Renault de la Nouvelle Orléans confie à l'équipage Miller/Robertson une 1062 flambant neuve modifiée en 1063. Il s'agit pour la marque de faire une opération de promotion dans une épreuve équivalente en terme d'aura aux 24H du Mans. Elle se déroule sur une piste essentiellement bétonnée de 8300mètres finissant par une zone pavée. Elle se compose de trois lignes droites d'environ 1300m chacune d'un aérodrome désaffecté. Malheureusement aux 121ème tour, à moins d'une heure de l'arrivée Pons(N°87) voit son moteur céder.
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La 4CV de Pons n°87


C'est l'équipage américain(N°88) qui va remporter la catégorie "750S" en bouclant 124 tours. Quant à Jean Rédélé, il sortira indemne d'une "casquette" avec sa 1063. La chance est avec lui puisqu'il refusera de monter dans l'ambulance....qui sera elle aussi accidentée.
Mais au delà de cette péripétie de course, le plus important est de noter sa présence.
En effet, c'est lors de la réunion du comité directeur de Renault du 16 novembre 1954, que furent définit les modalités de cette participation. On y découvre notamment la préférence de Mr Lefaucheux d'envoyer comme pilote Mr Galtier plutôt que Mr Rédélé, estimant sans doutes qu'il était préférable que ce dernier utilise toute son énergie et tout son temps à vendre des Renault!
Il semble donc que suite à "l'affaire Galtier", la direction de Renault ai changé d'avis... L'image sportive de Mr Galtier doit être absoluement dissociée de celle de la marque!...

18 mars


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Galtier récidive au volant de la Rédélé Spéciale finissant 3ème scratch au Lyon-Charbonnières

L'Automobile n108 Avril 1955 Lyon Charbonnières

Automobile n°108 avril55

30 avril 1er mai 1955


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Les M.M.55


En quelques mois Jean Rédélé vient de céder sa Rédélé Spéciale, de faire homologuer le coach de son beau-père, va défendre les couleurs de Renault aux Etats Unis, et s'apprête à frapper un grand coup pour les Milles Miles.
Pour cette édition le réglement ayant changé, la 4CV se retrouve dans la même catégorie que les barquettes, tanks et autres voitures à carrosseries spéciales. Par conséquent Renault se retire de cette épreuve perdue d'avance, mais souhaiterait profiter en terme d'images d'une éventuelle victoire de catégorie d'une "Spéciales 4 CV". A ce sujet Fernand Picard déclare:
"...nous avons des concessionnaires trés riches qui dépensent de l'argent en faisant des voitures spéciales. Nous pensons aider certains d'entre eux, comme Rédélé ou Rosier, à participer aux épreuves, en leur donnant notre appui technique. S'ils gagnent, c'est Renault qui gagnera..."
Ces propos sont symptomatiques, à plus d'un titre, de l'état d'esprit qui règne dans le monde des affaires. En harmonie avec cette prise de position, le service compétion dirigé par Landon va décider de soutenir officiellement cinq équipages:
En catégorie Sport Mr Robert Lacaze et son tank 4CV (n°020), D.B. et la barquette à moteur 1063 (n°045) pilotée par Jean Lucas.
En catégorie Tourisme de Série Spéciale Mrs Rédélé/Pons 4CV berlinette en plastique (n°84), Mr Galtier 4CV berlinette carrossée par Allémano (n°93), Mr Guarnieri 4CV berline équipement "Mille Milles" (n°2201). Ce dernier, champion d'Italie 53, est agent Renault à Revigo, ville idéalement située sur le parcours entre Padou et Ferrare

Savoir en toute circonstances tirer le meilleur parti d'une situation même délicate. Etonnant de constater le retour en grâce de D.B., malgré tous les reproches exprimés pour le fiasco de la saison 54. Mr Galtier semble s'être fait pardonné son erreur de "communication", sans doute aidé par le fait qu'il va piloter une "Rédélé Spéciale" équipée en 4 cv avec un moteur 747cm3. Quant à Rédélé, il a su se rendre indispensable aux yeux de la direction, tant comme pilote que maintenant comme petit constructeur, grâce à un attachement sans faille depuis le début à la marque Renault.
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Galtier/Michy à bord de la Rédélé Spéciale sur le podium de départ


Dés le début de la course, les Renault sont à leurs avantages, Michy place la voiture de Galtier en tête de sa catégorie, position qu'ils ne quitteront plus jusqu'à l'arrivée. Quant à Rédélé et Pons au volant du coach n° 84, ils vont se battre en permanence pour la deuxième place avec la Panhard de Dewez. Celle ci finira heureusement par abondonner, leur laissant ainsi la seconde place. Car depuis la moitié de la course, suite au frottement d'un flexible de frein arrière sur le ressort, ils ne peuvent se ralentir qu'en utilisant soit la boite de vitesse, soit le frein à main!

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Arrivée victorieuse de Galtier sur la "Rédélé Spéciale"


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Rédélé/Pons second sur "4cv Alpine"

L'équipage privé Quéfféléant/Foiret place leur 4cv 1063 n°44 à la troisième place de la catégorie, tant dis que la 1063 officielle de Guarnieri/Brancalion finit sixième juste derrière celle de Monraisse/Feret

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Quéfféléant/Foiret troisième sur 4CV 1063

Seule ombre au tableau, la piètre tenu des "barquettes": le tank de Lacaze abandonnera peu aprés Rome, quant à la D.B n°45 c'est dans le dernier tronçon qu'elle va rendre l'ame pour la nième fois, provoquant l'ire de Pierre Dreyfus qui va rompre son contrat avec D.B.

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Tank D.B.à mécanique Renault en panne à Maranello

Neuf voitures à mécanique 4CV dans les dix premiers! Un véritable triomphe pour Renault. Pierre Dreyfus décide de fêter cette performance, et lance une campagne publicitaire par voie d'affiches et d'inscription sur les vitrines des concessionnaires. A peine rentrées les trois victorieuses sont exposées au magasin des Champs Elysées et un déjeuner est offert à leurs équipages.


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Mr Landon félicite l'équipage Rédélé/Pons pour sa performance aux M.M.55

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Magasin des Champs Elysées: la maquette de Renzo Castagneto directeur des M.M.
abaissant symboliquement le drapeau d'arrivée devant le trio victorieux!

Quelques jours plus tard Mr Galtier, afin de ne plus faire d'impairs, sollicite l'accord de la direction de Renault pour engager à nouveau en rallye sa Rédélé Spéciale équipée du 904cm3(5cv). Le rapport du comité directeur du 6 mai est pour le moins étonnant, mais pas surprenant dans le contexte du lancement imminent de la nouvelle 5cv(Dauphine) : "...il est décidé de maintenir notre position. Mr Galtier est libre de courir avec sa voiture mais c'est une "Galtier" et non pas une Renault..."

C'est ici que le chemin de cette Rédélé Spéciale s'écarte définitivement de celui de Jean Rédélé "constructeur". Aprés avoir apportée une magnifique victoire dans l'une des plus prestigieuses épreuves automobile, permis à la marque Alpine naissante de s'en servir publicitairement, elle est répudiée pour ne pas déplaire à Renault...

22 juin 1955

Les statues de la "societe des automobiles alpine" sont déposés au greffe du tribunal de commerce de Paris, avec comme siège social: rue Forest.

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10 juillet 1955



Les essais routiers, à bord de 4cv banalisées, du moteur "5cv"(845cm3) de la future Dauphine arrivent à leurs termes. Il est grand temps de faire un test grandeur nature dans des conditions extrêmes. Suite à la catastrophe du Mans, l' Automobile club de France ayant interdit toutes compétitions sur l'hexagone, il faut donc se rabattre sur des épreuves à l'étranger. C'est le Rallye des dolomites qui est choisi. Deux 4CV équipées du moteur dauphine préparées à la façon 1063 vont participer à cette épreuve. Si l'une abondonne l'autre finira 2eme de sa catégorie. A cette même épreuve l'équipage Rédélé/Pons sur "4CV Alpine" finit deuxième de sa catégorie, juste avant sa présentation officielle le mercredi 3 aout à Pierre Dreyfus accompagné du comité directeur de la Régie.

3 aout 1955



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présentation de 3 coaches dans la cour d'honneur de boulogne billancourt aux dirigeants de Renault

La marque Alpine est lancée! Mais l'euphorie ne règne sans doute pas dans l'esprit d'un Jean Rédélé pas vraiment libre de ses mouvements et financièrement étranglé par son beau-père. Celui-ci est sans doute pressé de récupérer sa "mise" et le "fruit" de cette investissement, afin d'alléger les frais immobiliers en cours rue Forest!


Le devenir de la Rédélé Spéciale :


A suivre...

 

L'équipe Alpine-Passion.com.


 

champion d'Italie 53