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Elles ne s'appelaient pas encore...Alpine

 

 

D'articles de presse succincts en publications bâclées, de reprises hasardeuses en synhèses embrouillées, il a été écrit tant de choses farfelues au sujet des premières voitures réalisées par le tamdem "Michelotti / Allemano" pour le compte de Jean Rédélé qu'il est grand temps de rétablir , autant qu'il en soit possible, la vérité.

Commençons par le commencement : nous sommes en 1950, Jean Rédélé participe à la première grande course de sa carrière en inscrivant sa Renault 4CV au Rallye de Monté Carlo. Cette participation au RMC 1950 lui confirme le potentiel de cette voiture qui mérite d'être développée. Après avoir exploré toutes les possibilités d'améliorations mécaniques (boite 5, suspensions retravaillées, moteur préparé), il se penche sur le principal ennemi de la performance : le poids.
Il commence par adopter des ouvrants en aluminium, puis décide d'aller plus loin encore et fait le choix de remplacer l'acier de la "coque" par de l'aluminium plus léger. Une carrosserie complète est à créer et pour Jean, quitte à en faire une nouvelle, autant la faire jolie. Voilà pourquoi il se tourne donc tout naturellement vers les stylistes italiens au design moderne et finit par choisir Michelotti.
Ce dernier, s'appuyant sur la plateforme d'origine de la 4CV, lui dessine un coach qui séduit Jean Rédélé et c'est Allemano, sous traitant de Michelotti, qui sera chargé de sa réalisation.

La Renault Spéciale Rédélé est née!!

D'articles de presse succincts en publications bâclées, de reprises hasardeuses en synthèses embrouillées, il a été écrit tant de choses farfelues au sujet des premières voitures réalisées par le tandem Michelotti/Allemano pour le compte de Jean Rédélé, qu'il est grand temps de rétablir, autant qu'il en soit possible, la vérité...
Ci dessous cette Renault Spéciale Rédélé qui est UNIQUE. Ainsi, au risque d'être traités de "non conformistes", nous aurons une autre dénomination pour les futures voitures de Jean Rédélé: les Rédélé Spéciales.




Elle arrive toute neuve à Dieppe, déjà immatriculée et se gare à côté d'une banale 4CV. En fait Jean Rédélé a emmené début 1952 par la route une 4CV d'occasion qu'il fait recarrosser en R.S.R.. Puis en décembre 1952, au retour de son voyage de noce en Italie, il rapatrie à Dieppe, toujours par la route, la nouvelle voiture qui conservera les papiers du châssis qu'elle utilise!!!

Intéressons nous à la première immatriculation de R.S.R..




Retrouver la liste des 4CV de courses de type 1063 produites est chose aisée grâce à François Rivage et son exceptionnel ouvrage "la saga sportive de la 4CV". Fort détaillé, ce document indique tout aussi bien le numéro de châssis que l'immatriculation de départ. On y découvre que dans le département 75 les immatriculations neuves de septembre 51 correspondent au numéro "AQ" alors que "Q" tout seul date de décembre 1950.

On peut donc raisonnablement penser que pour le département 75 l'immatriculation "S" est attribuée aux véhicules mis en circulation au premier semestre 1951(voir au 1er trimestre), soit au moins 18 mois avant la création de R.S.R. !!!

Pour une bonne compréhension de la suite de cet article, il est important de s'imprégner de quelques détails caractéristiques de cette voiture.

La première constatation qui s'impose et permet de différencier cette unique R.S.R. des versions suivantes concerne le refroidissement moteur et plus particulièrement ses prises d'air.




Si pour la 4cv celles-ci sont situées en avant et juste à hauteur des roues arrières, étrangement ce n'est pas le cas ici... En effet, placées toujours latéralement mais très hautes, à peine en avant de l'aplomb des roues arrières, elles imposent une circulation d'air vers le radiateur situé au-dessus de la boite quelque peu" biscornue" qui nous laisse perplexe!!! Si d'un point de vue esthétique(ne parlons pas d'aérodynamique, notion qui n'est pas encore d'actualité à cette époque), cette solution permet une fluidité de carrosserie, il n'est pas certain qu'elle ne pénalise pas partiellement le refroidissement.

Ceci dit intéressons-nous, à présent, à la face avant.

Le premier élément qui attire l'œil, c'est les deux demi pare-chocs d'angles qui ressemblent étrangement à ceux qui équiperont l'arrière du Coach Alpine en 1955!!! Pourtant, si y voir une quelconque filiation serait une tentation légitime, nous ne sombrerons pas, pour l'instant, dans cette construction intellectuelle faute d'éléments probants.


Le second, c'est les reliefs. Celui du capot est le plus visible,

il se poursuit sur la face avant par 2 moustaches, mises en valeur grâce à une baguette aux pointes effilées s'effaçant pour céder la place aux clignotants.

Et enfin le dernier détail extérieurement visible: le rebord des ailes.

A l'avant


A l'arrière

il ne reste plus qu'à évoquer le passé sportif de cette voiture( longuement et minutieusement préparée dans les ateliers Escoffier pendant l'hiver) qui va débuter sa carrière en fanfare par une victoire " scratch" les 9 et 10 mai 1953 au Rallye de Dieppe.

Aprés sa participation au 24H du Mans(sur barquette 1066), Jean Rédélé impose à nouveau sa R.S.R. le 28 juin sur le circuit des Essarts à Rouen.


Infatigable notre pilote participe le 5 juillet aux 12H de Reims(toujours sur 1066), avant d'aller défier, non pas comme prévu le 20 juin 1953 au Grand Prix du Portugal mais le 26 juillet à Monsanto, les descendants des ibères lors de la Coupe de Lisbonne. On ne pouvait rêver mieux: trois sorties, trois victoires!

En1954, le programme sportif de Jean Rédélé va être intensif mais essentiellement à bord d'une 4CV 1063, jouant la carte" Renault" à fond. Il semble que R.S.R. soit quelque peu remisée, d'autant plus que son propriétaire focalise toute son énergie"tout azimut" pour commercialiser une première voiture de course....

Bizarrement nous allons retrouver notre bolide au Rallye de Dieppe 1955(source AAA) affublée du N° 72...



Or, bon nombre de publications indiquent que R.S.R. a été transformée fin 53( modification de la face avant, du positionnement des prises d'air latérales, suppressions de certains reliefs...) pour être présentée par Mr Reed au salon de New York de janvier 54 sous l'appellation: The Marquis.

Mais alors comment expliquer son retour 18 mois plus tard dans sa version originelle...

En réalité, fin 53 une nouvelle voiture, esthétiquement retouchée selon la volonté de Jean Rédélé est livrée par la carrosserie Allemano. Elle va faire l'objet d'une association commerciale entre messieurs Rédélé et Reed.


La seconde voiture, future: THE MARQUIS

Nous pouvons donc, avec certitude affirmer que contrairement à ce qui a été maintes fois écrit, "The Marquis" n'est pas R.S.R. modifiée. Elle est la seconde nouvelle voiture fermée(car entre temps il y a eu la barquette 1066 commandée chez D.B.), réalisée également par Allemano sur commande de Jean Rédélé!


Mais elle est aussi la première d'une mini petite série.... qu'à l'époque la presse va dénommer "Rédélé Spéciale". Cette dénomination mérite qu'on s'y attarde un instant, car elle marque un changement dans les relations entre Renault et Rédélé...

En effet si R.S.R. est considérée, à la fois par Rédélé et Renault, comme une" 4cv modifiée", il n'en est plus tout à fait de même pour la "Rédélé Spéciale". D'une part Jean Rédélé commence à vouloir affirmer qu'il souhaite devenir un constructeur à part entière (son contrat avorté outre atlantique sans prévenir Renault, que nous évoquerons plus bas, ... a quelque peu tendu la situation!!!) et Renault, trés habilement, souhaite soutenir discrètement toute initiative sportive privée de qualité sur base 4CV et s'en référer publicitairement, uniquement en cas de victoire...

Ainsi on a glissé d'une appellation Renault Spéciale vers...Rédélé Spéciale !! 50 ans plus tard en relisant la presse d'époque, qui elle même n'a pas toujours saisi la nuance, on peut déceler certaines imprécisions qui vont induire en erreur bon nombre d'historiens de cette partie de la saga de la future marque Alpine!!!



Passons à l'étude de cette seconde voiture commandée courant 1953 par monsieur Rédélé et qui a dû vraisemblablement être livrée avant la fin de l'année par Allemano (remarquez l'absence d'essuie glace et même des trous pour les axes!!!).

Cette Rédélé Spéciale (elle n'aura cette appellation qu'avec l'arrivée de sa sœur jumelle), que nous décidons arbitrairement de nommer ainsi(pour plagier les propos, à l'époque, de Mr Lefaucheux directeur de Renault), reprend les grandes lignes de la R.S.R., mais évolue selon la volonté de Jean Rédélé.

Tout d'abord par sa prise d'air latérale:


ses rebords d'ailes sans nervure: arrière

et a l'avant



mais aussi son capot avant


sans relief mais agrémenté de baguettes aux pointes effilées


ainsi que sa face avant très modifiée

En revanche le plus intéressant est sans doute le comparatif de la ligne de caisse entre R.S.R. et The Marquis.

R.S.R.


The Marquis


Cette nouvelle voiture est livrée par la carrosserie Allemano dans le dernier trimestre 1953. Plein d'espoirs, Jean Rédélé n'imagine encore pas quelle va être sa véritable destinée...




A ce stade il est intéressant de noter qu'elle ne possède toujours pas d'essuie glace d'une part et d'autre part de relever son immatriculation qui ne correspond pas du tout à la période. En revanche il peut être instructif d'établir un parallèle avec la 1063 (ici au R.M.C.51) acquise neuve le 12 janvier 1951




Le 9 décembre 53 Pierre Lefaucheux (qui est sollicité de toutes parts pour revenir sur le marché U.S.) déjeune avec monsieur Reed de la société Plasticar implantée en Pennsylvanie (dont la maison mère est spécialisée dans la construction de coques de bateaux en plastique) qui souhaite commercialiser à grande échelle la mécanique 4cv ( bateau, voiture de sport, et fourgonnette)...En fait monsieur Reed a déjà défini sa stratégie: commercialiser une voiture à carrosserie plastique sur la base de la barquette Rosier et la produire à 3.000 exemplaires par an!!! L'accord de principe avec Renault est obtenu.

Fin stratège et afin de doubler ses chances de réussite, il envisage de proposer aussi un coupé. Voilà pourquoi, au cours de ce voyage, il rencontre en catimini Jean Rédélé. Ce dernier lui fait essayer sa toute nouvelle acquisition et lui propose un marché fort intéressant que l'on pourrait qualifier aujourd'hui de "gagnant-gagnant": l'achat de la licence de cette voiture pour la modique somme de 2.500 dollars, en échange de la fourniture de l'outillage complet en vue d'une production française.

Ainsi Jean Rédélé entrevoit la possibilité de devenir enfin un constructeur, sans avoir besoin de trouver un financement et de surcroît sans être concurrencé par son client!!! Affaire conclue, l'auto est expédiée pour le salon de New York de janvier 54 où elle est exposée telle quelle à côté de la Rogue (copie de la barquette Rosier) sous le nom de "The Marquis"





Plein d'espoirs, Jean Rédélé n'imagine encore pas quelle va être sa véritable destinée.... de constructeur...

Pour poursuive, l'étude de cette voiture nous allons nous appuyer sur le catalogue Plasticar édité à l'occasion de ce salon.



Comme nous en avons pris l'habitude, c'est l'immatriculation qui nous interpelle en premier:



pourquoi ce "W6" ? eh bien il suffit de fouiller la toile pour trouver ceci:

HISTORIQUE AVANT 1959 :
Les règlements de début du XXeme siècle (1901, modifié en 1908) comportaient bien sûr un volet fiscal en plus du volet concernant l'immatriculation des véhicules en elle même... La question des véhicules non assujettis aux taxes - Véhicules de transport de marchandises, véhicules en essai - se posa bien sûr très vite, elle est mentionnée dès la fin de la première décennie du siècle, mais elle ne trouva de solution réglementaire qu'en 1910 avec la création de l'immatriculation W, pour les véhicules exemptés de taxes.
1912 voit la codification des W, avec mention sur l'immatriculation du numéro de l'arrondissement minéralogique, W1 à W18 (Voir tableau ci-dessous). Les abus furent vite nombreux, et la couverture de l'exemption fut précisée dès la fin de la première guerre vers 1918 : Véhicules de transport de marchandises d'une part, d'autre part véhicules de transport de personnes en essai, en réparation ou en modification.
Entre 1909 et 1958, les plaques de garage ont toujours été sur fond noir, numérotées de 1 à 9999, d'un W puis d'un code correspondant au "chef-lieu" de délivrance
W0:Paris (de 1945 à 1958)
W1:Paris/1er arondissement de Paris (de 1909 à 1944)
W2:Arras
W3:Bordeaux
W4:Châlon sur Saône (de 1909 à 1919)
W4:Lyon (de 1919 à 1944)
W5:Grenoble/Chambéry (de 1909 à 1919)
W5:Strasbourg (à partir de 1919)
W6:Clermont-Ferrand
W7:Douai
W8:Le Mans (de 1909 à 1919)
W8:Nantes (à partir de 1919)
W9:Marseille
W10:Nancy
W11;Poitiers (de 1909 à 1919)
W11:Lyon (de 1945 à 1958)
W12:Versailles/2eme arrondissement de Paris (de 1909 à 1944)
W13:Saint Etienne
W14:Toulouse
W15:Alès
W16:Algérie
W17:Tunisie (à partie de 1924)
W18:Maroc (à partir de 1926)


Pourquoi une immatriculation de Clermont Ferrand? Très humblement et pour l'instant, sauf à échafauder des théories fumeuses, nous n'en avons pas la moindre idée...cependant il est à noter que, d'une part Louis Rosier (concepteur de la barquette Rogue) est concessionnaire Renault à Clermont Ferrand et, d'autre part Jean Rédélé scolarisé à Dieppe, puis à Rouen,termine son premier cycle d'étude en zone libre à Limoges, avant de passer son baccalauréat à Annecy.

Après avoir remarqué que la voiture est équipée de jantes en aluminium distribuées par S.A.P.R.A.R. (filiale 100% Renault chargée de la commercialisation des accessoires et des améliorations de la gamme), nous allons grâce à cette rare vue pouvoir découvrir l'intérieur.



Le chien de Madame semble apprécier l'intérieur quelque peu spartiate!!

Mais c'est surtout l'intérieur de porte qui choque par son manque total d'habillage, tout à fait dans l'esprit d'une auto de course, moins dans celui d'une auto de présentation à un salon. On sent là une certaine précipitation dans les préparatifs commerciaux avant le salon de New York... où vraisemblablement elle a été exposée plus "en beauté"
Le document ci-dessous (photo actuelle de la Rédélé Spéciale), nous permet d'apprécier le remarquable état de conservation de son intérieur d'époque: sièges, tableau de bord, boite à gants avec poignée. On découvre également un habillage de porte bien homogène avec le reste de la sellerie et qui semble originel.




Enfin pour conclure ce constat: trois pages pour The Marquis, contre une seule pour la Rogue.

Tout cela est du meilleur présage pour Jean Rédélé, même si ce n'est que le 25 février que les dirigeants de Renault qui soutiennent le projet Rogue, en ont connaissance. A partir de cette date leur vigilance envers ce "coquin"(rogue en américain) va les inciter à suivre l'affaire de près. La guerre des prix qui débute début mars 1954 et le mauvais positionnement, tant tarifaire que qualitatif, de la Régie incite Lefaucheux à un déplacement début avril. C'est là qu'il apprend que les problèmes techniques rencontrés sur la Rogue (déformation de la caisse nécessitant un renforcement de la plateforme de 4CV), l'ont définitivement condamnée.

Cependant on lui présente la maquette d'une nouvelle voiture, certes moins jolie que la barquette Rosier mais aux problèmes résolus. Dans la foulée on annonce la fabrication de 2 ou 3 voitures pour le 15 mai, après quoi il ne restera plus qu'à définir les modalités de cadences d'envois des mécaniques. Du côté américain on hésite pas à avancer le nombre de 25.000, pour finir par accepter celui de 10.000... En fait Plasticar dissimule son souhait de tisser un réseau de distributeurs qui lui achèteraient les carrosseries nues et se chargeraient de l'assemblage mécanique.

En mettant en avant le contrat les liants avec Renault cette société espère pouvoir trouver à la fois le financement et les distributeurs. Voilà pourquoi elle a concentré toute son énergie à la construction d'un nouveau prototype au détriment de la mise en production de "The Marquis". C'est le 3 juin que la direction de Renault mise au courant abandonne définitivement cette affaire..

Entre temps, Jean Rédélé va également faire le déplacement et arrive au même constat. Il vient de sacrifier sa nouvelle voiture partiellement démontée. Son rêve s'écroule... Qu'à cela ne tienne, il faut savoir rebondir. C'est ce qu'il fait en jouant la victime auprès de Renault tout en passant commande à Michelotti d'une nouvelle monture.

Nous voici à la fin de notre tout premier article, si cette petite évocation des balbutiements de « Jean Rédélé Constructeur » a su attiser votre curiosité, soyez rassuré, bientôt vous pourrez lire la suite de cette aventure à travers « la nouvelle monture en commande »…

Il existe peu de documents sur cette partie de l’histoire abordée généralement en introduction rapide et succincte, voir parfois fantaisiste, de la présentation de la marque Alpine. Voilà pourquoi nous n’avons pas réussit à être plus précis dans l’évocation de certains faits.
Vos commentaires et remarques sont les bienvenus, ainsi que photos ou tout autre témoignages dont vous pouvez nous faire part en écrivant à l'adresse : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Et n'oubliez pas de vous inscrire pour ne pas manquer la parution du prochain article... Complice

 

A très bientôt,

L'équipe d'Alpine Passion.