Home

Jean Rédélé, la 4CV, la Course (Saison 1950-1952)

Evoquer la carrière de Jean Rédélé, c’est l’associer indubitablement au sport automobile. C’est sans doute son père qui lui a transmis ce gène. Emile, enfant turbulent, préfère les voitures à pétrole à l’école. Il n’aura de cesse que d’essayer ces terribles engins, les mettant parfois au tapis ! Tout naturellement, il se fait engager à Boulogne Billancourt chez Renault et s’oriente vers le service compétition où il devient l’essayeur de la voiture de Szicz (le vainqueur de Paris Vienne).

Ces essais vont lui permettre de découvrir Dieppe le 2 juillet 1907 au travers de son Grand Prix auquel participent les Renault.

Article paru avant le Grand prix de Dieppe 1908 s'appuyant sur des documents photographiques de 1907

 

aaa 019 (2)

Pour 1907: R1=Edmont, R2= Szisz, R3=Richez


Ces essais malheureux lui feront d’ailleurs perdre pas moins de trois roues sur quatre et terminer sa course dans une mare. Sans doute ce premier contact avec la région va profondément le marquer. Il finira par abandonner cette activité pour fonder une entreprise de taxis à Paris. Mobilisé pour la Grande Guerre, il doit, à son retour, repartir de zéro et décide de retrouver les charmes de Dieppe. Sa compagnie de taxis s’étoffe de quelques autobus dans un vieux local vétuste. Dans la foulée il rencontre une demoiselle Prieur et l’épouse. Grâce à la dot de celle-ci, il s’installe dans un local moderne au 33 rue Thiers et crée « Les Grands Garages de Normandie ». La façade est ornée de deux panonceaux Renault : une agence vient de naître.


aaa 017

La façade du tout nouveau garage

Quelques mois plus tard, le 17 Mai 1922, Jean Rédélé ouvre les yeux dans ce contexte. Ainsi pendant toute sa jeunesse,  ce garage va être l’un de ses terrains de jeux favori et aura une grande influence sur la destinée de son  futur avenir. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, toute la côte normande est ravagée. Tout est à reconstruire. Jean Rédélé qui vient de remettre un rapport de fin d’études d’HEC pertinent sur le fonctionnement de la Régie Renault, se voit attribuer la concession Renault de Dieppe : il devient ainsi le plus jeune concessionnaire Renault de France. Son avenir s’annonce d’autant plus prometteur qu’enfin les français vont avoir, en ces temps de pénurie, accès à une voiture populaire : la 4CV.

Tout au long de sa carrière de pilote, Jean Rédélé n’aura de cesse que de vouloir promouvoir les qualités de cette voiture. Compétiteur né, il n’hésite pas à défier le concessionnaire Peugeot local qui prétend que la 203 est plus rapide que la Renault. Le personnel des deux garages va être mobilisé pour le balisage de cette première course sauvage sur le parcours Rouen/Dieppe.

aaa 013

Les deux concessionnaires sont prêts à en découdre


Heureux d’avoir remporté ce défi et observant depuis fin 1948 les 4 cv en courses, il décide de s’engager, en 1950, au dixième Rallye de Monte Carlo. Associé à son chef d’atelier, Marcel Delforge, il se tire sans encombre d’un début de parcours fort embouteillé par de nombreux concurrents bloqués dans les montées enneigées. Victime d’une fusée et d’une biellette de direction tordues à Roanne sur des rails de tramway dissimulés par la neige, la petite puce numéro 263 finira hors délais à Monaco.

Qu’à cela ne tienne, six mois plus tard, le 24 juillet, c’est en local qu’il triomphe pour la première fois face à 44 autres concurrents en imposant sa 4 CV au rallye de Dieppe qui vient de renaître de ses cendres. Pour la seconde fois, il distance, certes de très peu, les Peugeot 203(celles de Michel Laffille et Guy Lecuyer) ! Sa carrière de pilote est lancée. La production imminente, par la Régie, d’une  4 CV de course, la 1063, va permettre à notre homme de prouver tout son talent.

aaa 005

Jean Rédélé(à droite) savoure sa 1ère victoire

Saison 1951

Commandé fin 1950, le châssis numéro 13 (n° de série 1.439.631) sera monté le 27 décembre et livré le 12 janvier 1951 aux Grands Garages de Normandie à Dieppe. Immatriculé 511S76, la 1063 est immédiatement engagée, sans préparation particulière, par Jean Rédélé associé à Scott (membre de la direction Après-Vente Renault), pour le 11ème rallye de Monte Carlo.

redele scott RMC51

Scott au volant et Jean Rédélé sont prêts à s'élancer sur la vaillante 1063


Ce n’est pas moins de onze 1063 « client » et cinq « usine » qui vont défendre les couleurs de  la Régie. La numéro 205 de Rédélé/Scott partira de Monte Carlo.


aaa 009

Rédélé vient de reprendre le volant et Scott semble très confiant


Le parcours de concentration de ce rallye s’effectue sans gros problème. C’est dans l’étape Digne/Grasse que tout se complique avec pas moins de 52 abandons. Mieux qu’un grand discours ces quelques mots, issus de l’ouvrage de François Rivage « La saga sportive de la Renault 4 cv », de Jean Rédélé lui même, illustre à merveille l’ambiance des courses de l’époque : « Dans la première partie des Alpes, en direction de Grasse, il avait beaucoup neigé. Nous sommes arrivés à un endroit où les poteaux téléphoniques s’étaient abattus sur la route. Nous avons ainsi rattrapé quelques voitures qui étaient bloquées là à cause des fils. Il y avait, entre autres, une grosse berline dont le pilote allemand avait tout prévu : chaînes, matériels en tout genre et, en particulier, une grosse cisaille. Scott ne s’est pas embarrassé. Comme les poteaux étaient tombés, il a coupé les fils avec la cisaille et nous sommes passés, doublant ainsi les voitures qui étaient bloquées. Et il a fallu continuer à rouler vite. Je me souviens qu’il y avait des voitures qui ne nous laissaient pas passer. Scott qui était « gonflé comme un ballon », avait ouvert sa porte. Il criait et gesticulait tandis que moi je klaxonnais pour qu’on nous laisse passer. Je reconnais d’ailleurs que, sur la route enneigée, il n’y avait que la trace pour une seule voiture et non pas pour deux. Il fallait donc risquer de se mettre en travers en doublant… et aussi que l’autre voiture veuille bien nous laisser passer, d’où un problème de cohabitation sur la route. Finalement, nous sommes arrivés à Monte Carlo sans aucune pénalité et avec un excellent classement général, ce qui était un très bon résultat car beaucoup d’équipages furent pénalisés... »

aaa 015

Jean Rédélé savoure cette arrivée sans pénalité à Monaco

En effet sur 282 équipages au départ et après avoir parcourus 3.200 kilomètres en trois jours, seuls 101 finissent à zéro de pénalité. Ceux-ci vont s’affronter dans l’épreuve d’accélération-freinage, de laquelle vont être issus les 50 meilleurs pour le test final de régularité-vitesse sur le circuit de Monaco.  Jean Rédélé, avec un chrono de 25"3/10  prend la tête des cinq 4 CV 1063  se qualifiant pour l’épreuve finale aux côtés de Kreisel, Lecat, Pons et Rosier.

aaa 008L'épreuve finale sera fatale à Jean Rédélé

Malheureusement, dans le dernier tour, faute de tôle anti déjaugeage dans le carter d’huile, une bielle rend l’âme. Toutefois, Jean Rédélé réussit à couper la ligne d’arrivée, non sans avoir perdu de précieuses secondes, pour finir 4ème de la catégorie 750 (remportée par la famille Rosier) et 44ème scratch.

aaa 006

Enfin la ligne d'arrivée!

aaa 018

La foule se presse pour découvrir la rarissime "1063"

Déçu, mais sûr de son potentiel, notre pilote prépare sa 1063 pour le rallye de Dieppe, où il retrouve le 3 juin Scott mais cette fois-ci en adversaire, pilotant sa propre 4 CV. Si notre dieppois réalise la meilleure performance dans l’épreuve d’accélération-freinage, il ne parviendra pas à contenir la fougue de son ancien copilote qui l’emporte devant Clermont sur Simca Sport et Arend sur Citroën 15 CV. Second de la catégorie 750 cm3 et 4ème scratch, ce résultat reste plus qu’honorable compte tenu des conditions climatiques fortement défavorables.

Cependant notre homme n’est pas du genre à se contenter d’accessit : le voilà un mois plus tard engagé pour le 2ème Rallye de Dax. Seconde victoire pour notre 1063 immatriculée 511S76 pour le plus grand plaisir de notre pilote.

Mise à jour le 16/09/2011 (ajout photo) :

cab 005

Pour le copilote il s'agit sans doute de Jean Raspail...

cab 006


Le 22 juillet assisté par Berteaux, journaliste à l’Auto Journal, il s’engage au 3ème rallye du Dauphiné qu’il finit déçu, derrière trois Panhard et une Citroën…

5th_evian_intLG
La semaine suivante notre équipage a bien l’intention d’effacer cette déconvenue au 5ème rallye d’Evian Mont-Blanc. Cette épreuve, disputée autour d’Evian puis de Mégève et d’Annemasse pour se terminer à Evian, convient parfaitement à Jean Rédélé. En effet, lui qui connaît particulièrement bien la région et ses routes qu’il fréquente régulièrement lors de séjours hivernaux, finira sans pénalité, premier de la classe 750 cm3.

Quinze jours plus tard, changement de cap, direction la Belgique. Il rejoint la ville de Spa point de départ du célèbre et sévère rallye Liège-Rome-Liège. Divisé en seulement 4 catégories, ce rallye pénalise les petites cylindrées qui doivent concourir dans la classe jusqu’à 1100 cm3. Début de rallye difficile pour Jean Rédélé associé à Bouchard, un partenaire de dernière minute, inexpérimenté et à la conduite quelque peu déroutante. Du coup notre homme décide de tenir le volant tout au long des 4.500 kilomètres !!! A Rome, après 40 heures de course, il fait partie des 33 équipages sans pénalité mais la fatigue commence à se faire sentir. Grâce aux pilules miracle d’un équipage allemand, il va pouvoir continuer sa route sans sentir ni fatigue ni endormissement. Après quelques problèmes d’alimentation d’essence et quelques effets indésirables liés à l’absorption des fameuses pilules, Jean Rédélé finit par arriver dans la banlieue de Liège avec une dizaine de minutes d’avance sur l’horaire idéal. Toujours soucieux de l’importance d’une bonne image de marque, il décide se sacrifier cette avance pour améliorer son apparence. C’est en costume et cravate fraîchement sortis de sa valise qu’il franchit en 3ème position de sa catégorie, la ligne d’arrivée. Véritable exploit, d’autant plus qu’il talonne à l’arrivée, l’une des deux Porsche 1100 officielles.

Le 30 Août, il est au départ du Tour de France Automobile qui retrouve une seconde vie. Le parcours, long de 5.240 kilomètres, est réparti en six étapes, entrecoupées d’épreuves spéciales (deux courses de côte, une épreuve de maniabilité, deux courses de circuit et une de vitesse).  Associé à Hammersley, il emmène sa fidèle 1063 sur la 3ème marche du podium dans la catégorie 750, complétant le succès total des 4CV.

aaaA cette époque là bon nombre de routes n'étaient pas bitumées

aaa 012L'équipage Rédélé/Hammersley peut enfin savourer sa 3ème place

La saison 1951 va se terminer en apothéose fin octobre au Tour de Belgique. L’équipage Rédélé/Navez  l’emporte devant les 4CV de Landon et Debroux. La presse belge salue cet exploit des 4CV d’autant que les pilotes français, inexpérimentés pour cette première participation, avaient su s’entourer de coéquipiers belges.

Le bilan de l’année 1951 est plus que positif pour Jean Rédélé : six fois sur le podium pour huit participations dont trois victoires… et tout cela au volant de la même voiture la 4 CV 1063 numéro de châssis 13. Jean Rédélé n’hésite pas à écrire à la Régie pour exprimer toute sa satisfaction pour cette voiture de course qui totalise à la fin de cette saison 57.800 kilomètres au compteur dont 40.000 en compétition sans aucun problème particulier. L’expérience accumulée à bord de cette voiture va lui permettre de réfléchir en profondeur sur les améliorations possibles à apporter à cette monture pour la nouvelle saison. Il lorgne déjà sur la boite cinq vitesses mise au point par André Georges Claude, qui permettrait d’améliorer nettement les performances de la voiture. Il est convaincu qu’un véhicule plus léger et plus aérodynamique équipé d’un moteur de 1063 et d’une boite cinq vitesses devrait largement dominer sa catégorie. Il imagine sans doute déjà être à la tête d’une entreprise qui produirait un tel véhicule. Voilà pourquoi  il n’hésite pas à investir  à la fois, dans la création d’un prototype en aluminium conçu par Michelotti (cf notre article « elles ne s’appelaient pas encore Alpine »), et aussi dans l’aventure S.C.V.S. (cf notre étude).

Saison 52

Pour cette nouvelle saison de courses, Jean Rédélé décide de changer de stratégie: participer uniquement à de grandes épreuves, bien les préparer pour espérer un bon resultat et donc d'excellentes retombées médiatiques.

C'est le 3 mai que nous retrouvons notre homme au départ des Mille Milles. Pour la première fois il va faire équipe avec Pons, qu'il a cotoyé tout au long de la saison précédente. Les deux hommes ont eu le temps de s'observer, de s'apprecier, maintenant ils vont tenter une collaboration qui va aller bien au-delà de la simple course. C'est sur la toute nouvelle 1063 de Pons (châssis 44) livrée 6 semaines plus tôt que nos deux hommes vont tenter l'aventure. En effet après avoir utilisé le chassis 18 au RMC51, puis l'avoir confié pour le TDF51 à l'équipage Vernet/Pairard, Pons préfère aligner dans cette difficile épreuve une voiture toute neuve.

aaa 020

22h41 l'équipage Pons/Rédélé s'élance.

C'est Pons qui assure le premier relais de nuit. Devant eux pas moins de 101 équipages, en majorité des Fiat, ont déjà pris le départ. La 4CV, nettement plus rapide, les remonte une à une à plus de 107km/h de moyenne! Grâce à la concordance du numéro de course avec l'heure de départ, le public italien peut immédiatement, par comparaison, visualiser la performance de chacun. Son étonnement, au passage de 2241, est d'autant plus grand qu'il connaît mal cette voiture peu diffusée (moins de 200 véhicules depuis sa création). L'arrivée à mi-étape dans la capitale, va créer la surprise, comme le narre si bien Jean Rédélé:
"...nous avions doublé toutes les voitures qui étaient parties devant nous. Il y avait encore la voiture des gendarmes qui ouvrait la route: nous l'avons rattrapée à l'entrée de Rome. Dans Rome, c'est tout juste si le contrôle avait été mis en place quand nous nous sommes présentés. Nous avions une avance considérable. Les organisateurs pensaient que nous ferions une moyenne de 80km/h et nous sommes arrivés à plus de 100km/h de moyenne..." Le retour vers Brescia, malgré un parcours de 930 kilomètres plus montagneux, va se dérouler à la même cadence, à tel point qu'il va à tout jamais marquer l'esprit de Jean Rédélé " ...Quand nous sommes arrivés à Brescia, n'y avait pratiquement aucun officiel. Ils étaient en train de finir de déjeuner. Ils sont arrivés juste pour abaisser le drapeau et nous avons terminé avec un très bon classement."
Rédélé et Pons viennent d'emporter, à plus 99km/h de moyenne, en 15h46'15'' la catégorie "Sport de Série 750" reléguant à plus de 48 minutes Gianni/Raboti, les seconds sur Fiat!!!. La deuxième 1063 de Pagès/Le Guellec ne finissant qu'à la 6ème place à 1h02. Cette victoire permet à la Régie de se créer une image de solidité et de performances, sur un marché, certes verrouillé par une politique draconnienne de contingentement  des importations automobiles, mais qui va inéxorablement s'ouvrir.

Un mois plus tard le 8 juin notre homme participe au Rallye de Dieppe, finissant 6ème. Ultime entraînement avant la grande épreuve du week-end suivant. En effet après leur exploit des Mille Milles, Jean Rédélé et Pons ont été incorporés à l'équipe Renault pour les 24h du Mans. C'est sur le châssis 71 immatriculé 5273AR75  que Rédélé va faire équipe avec Lapchin.

aaa 001

Derniers préparatifs mécaniques avant le départ des 24H du Mans pour la 67

aaa 023

Dernières consignes de course pour l'équipage Rédélé/Lapchin

Les six 1063 toutes neuves, ont été particulièrement bichonnées et préparées par le chef d'atelier du service compétition Henri Fretet et se différencient de l'année précédente par notamment:
- régime moteur jusqu'à 6500tr/mn
- ailes avant sans découpe de la partie arrière
- capot arrière sans prise aérodynamique
- remplissage essence dans le compartiment moteur
- roues bicolores: jantes argent et étoile couleur carrosserie (bleu Lazuli)
La N° 53 confiée à Lesur/Briat, engagée en catégorie prototype, reçoit une préparation plus poussée avec notamment une boîte 4 vitesses. Toutes les autres utilisent une boîte 3 au grand désespoir de Jean Rédélé. Avec son ami Pons, ils viennent de racheter la licence de la "boîte 5 vitesses Claude". Cette dernière permet une nette amélioration des performances de la voiture tout en soulageant l'effort du moteur grâce à un étagement plus progressif. Cependant Ferdinand Picard, peu convaincu de la fiabilité de pignons amaigris pour permettre d'en loger 5 dans un carter d'origine prévu pour 3, s'est opposé à son utilisation! L'avenir lui donnera tord...


aaa 021 (2)

Le départ va être donné


La course débute plutôt mal pour la Régie qui perd deux voitures (la 53 et la 55) dans la première heure. Pons et Rédélé, respectivement sur la 54 et la 67, sont aux avant-postes, à la bagarre avec la Monopole n°60 et la Panhard n°59 lorsque vers 23h la 1063 n°54 de Moser fait un tonneau dans les "S" d'Arnage, heureusement sans dommage pour son pilote. A 3h du matin la Panhard n°59 rend l'âme et la 67 se retrouve seconde pour la catégorie et l'indice de performance! Jean Rédélé décide de passer à l'attaque "...Aprés avoir réalisé le meilleur temps aux essais, je me trouvais en tête des 4 CV pendant la course.La voiture marchait bien et je talonnais la Panhard Monopole. J'avais la voiture bien en main, ce qui me permettait notamment de prendre les virages de Maison-Blanche à fond. L'exercice était acrobatique, mais je gagnais plusieurs secondes au tour dans ce passage important qui conditionne la vitesse dans la ligne droite des stands. Certains pilotes, moins habitués à la 4CV, tiraient sur le moteur en rétrogradant..." A 7h30 la 56 de Vernet/Pairard, suite à des problèmes d'allumage, abandonne. Les 4 voitures restant dans la catégorie 750 vont se battre dans un match extrèmement serré.

aaa 021 (3)

8h du matin: la 1063 de Rédélé/Lapchin sous la passerelle Dunlop


A 13h, au moment du ravitaillement, la 67 est en tête. La voilà qui entre dans les stands avec à son volant Jean Rédélé qui nous décrit la scène:"...Aprés plus de 20h passées au volant sans ennui, un incident regrettable (appréciez le choix du terme...) se produisit: François Landon estimait qu'il était inutile de vérifier le niveau d'eau de ma voiture, car d'aprés lui, le moteur ne devait pas chauffer.


aaa 003Ravitaillement de la 67


Or, quelques tours après le ravitaillement, l'eau a commencé à monter en température. Ne pouvant m'arrêter à nouveau, car le réglement l'interdisait, j'ai roulé au ralenti le nombre de tours nécessaires avant de pouvoir repasser au stand. Je me souviens avoir enclenché le starter, espérant que l'exédent d'essence pourrait refroidir le moteur. En vain car en arrivant à mon stand le joint de culasse avait rendu l'âme. Vous pouvez imaginer ma déception et ma colère..."


Une fois réparée, la 67 reprend la route pour finir bonne dernière à 99,502km/h de moyenne en ayant parcouru 2.388 kilomètres.


aaa 022

La n° 67 au Tertre Rouge


Si l'épreuve mancelle n'est pas un triomphe pour la Régie, le comité directeur en tire les conclusions suivantes:
- cette contre performance n'aura sans doute aucune retombée néfaste sur les ventes, compte tenu de la bonne tenue de la mécanique. En effet un piston cassé (mais une pièce spéciale fournie par Monopole), un villebrequin cassé (problème récurrant sur les moteurs de courses), seul la rupture d'un planétaire de boîte de vitesse (et encore il s'agit de la 4 vitesses non commercialisée de série) peut assombrir l'image. Il est donc décidé par précaution de faire une modification.
- sur le plan technique cela n'a rien apporté de nouveau sur la connaissance des limites de la 4CV
- dorénavant, si on veut participer aux 24H, il faudra ne pas être ridicule et se battre à armes égales
- pour ce battre à armes égales, l'engagement de deux "Tanks" devrait être une bonne solution
Cette dernière idée ne va pas rester lettre morte...Jean Rédélé en a sans doute eu connaissance, lui qui vient de s'associer à la S.C.V.S.(cf notre article)...

LiegeRomeLiege1952LG

En guise de vacances, le 15 août,  pour la seconde fois Jean Rédélé s'engage toujours aux côtés de Bouchard (à qui il n'a pas tenu ombrage de sa modeste prestation de l'an passé) au Liège-Rome-Liège. Une fois de plus c'est de Spa qu'est donné le départ aux 125 équipages. Si la première partie jusqu'à Grenoble se passe sans incident particulier, dans la traversée des Alpes les abandons se succèdent: pas moins de 35! A Rome, seuls 55 concurrents sont encore en lice. La n°69 de Rédélé/Bouchard a disparu. Dans quelle circonstance? Modestement, il faut l'avouer, nous aurions aimé vous en dire plus mais faute de document...espérant qu'un de nos lecteurs puisse nous en dire plus pour le plus grand bonheur de tous.

aaa 025

Tour de France 1952: au départ Rédélé/Moser

Le 9 septembre, 108 concurrents sont au départ du Tour De France pour un périple de 5.533kms à parcourir en 7 jours. La plus longue épreuve européenne acceuille une trés grosse armada de 4CV composée d'une trentaine de voitures. Pour cette épreuve Jean Rédélé a ressorti sa 1063 châssis13 (511s76) particulièrement affûtée. Si elle totalise pas moins de 60.000 kilomètres au compteur, elle se voit dotée d'ouvrants en aluminium et surtout de la boîte 5 vitesses assemblée dans les ateliers de Pons (1ère utilisation officielle sur une 1063). Décidé à réaliser une trés bonne performance, il s'adjoint comme coéquipier l'excellent technicien et pas moins averti pilote Paul Moser.

aaa 002

Jean Rédélé dans l'ascension du Col de Peyresourde

Parti de Nice pour La Baule c'est au Mans sur la célèbre ligne droite des hunaudières que cette boîte de vitesses va démontrer tout son potentiel comme l'a narré Jean Rédélé: "...je peux dire que la boîte 5 vitesses transformait complètement la 4CV. La boîte 3 vitesses limitait terriblement la voiture. Comme le villebrequin était très fragile, il ne fallait absoluement pas faire prendre trop de tours au moteur en rétrogradant et la boîte 5 y aidait beaucoup. Elle était également bien plus agréable à la montée des rapports. Quand on connaissait bien la voiture et le maniement de la boîte, on arrivait à changer de vitesse sans que le passger ne s'en rende compte: une vraie boîte automatique. Et dans les descentes, je ralentissais autant en jouant sur la boîte qu'en utilisant les freins." A la fin de cette "épreuve lancée" de 3 kilomètres, notre équipage détient la 5ème place au général derrière 2 Osca, une Ferrari et une Porsche! Au terme de la deuxième étape, c'est sur le circuit de Reims que les concurrents vont en découdre. C'est la D.B. Panhard de Gignoux (611cm3) qui s'empare du ruban jaune de leader. La troisième et dernière étape longue de 1.579 kilomètres prolonge l'aventure, via Nancy, jusqu'à Nice.

aaa 011

Rédélé tenant le volant de sa 1063 à gauche en combinaison Moser

Le Tour de France se termine enfin par la course de côte de la Turbie pour les 57 rescapés. Superbe résultat pour l'équipage Rédélé/Moser qui remporte la 6ème catégorie (moins de 750cm3) mais aussi et surtout 3ème scratch derrière la D.B. de Guignoux et la Ferrari 225 Export de Pagnibon/Macchievaldo et de plus devant le vainqueur de la 4ème catégorie(de 1100 à 1500cm3)

Cette performance de tout premier ordre va être d'autant plus particulièrement saluée par la direction de Renault, que Jean Rédélé, en fin stratège, a su glorifier les qualités de la "petite puce" auprès des médias (radio et presse).

François Landon présent pour l'arrivée à Nice  envoie le lendemain un télégramme à sa direction pour saluer cette performance. La réponse ne se fait pas attendre et quelques minutes plus tard Jean Rédélé reçoit via la concession de Nice la réponse suivante:

"FELICITATIONS POUR MAGNIFIQUE VICTOIRE
ET REMERCIEMENTS POUR EXCELLENTE
INTERVIEWS RADIO ET EQUIPE"


Jean Rédélé vient de marquer des points importants aux yeux de la direction de Renault, mais il termine aussi sa saison de course en apothéose... Au passage, il démontre que l'utilisation d'une boîte 5 améliore trés significativement les performances de la 4CV sans en affecter la fiabilité. François Landon saura bientôt s'en souvenir... la carrière commerciale de cette étonnante boîte de vitesses démarre sous les meilleurs auspices pour le plus grand bonheur du tandem Rédélé/Pons (acquéreurs des droits d'exploitation)...qui en toute discrétion attendent avec impatience les futures 1065,1066!!!

Dans un prochain épisode nous évoquerons la montée en puissance de notre pilote pour la saison de course suivante...

L'équipe d'Alpine-Passion.Com